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Les recettes de la maison d’édition indépendante Sabine Wespieser pour rester rentable

Créée en 2001, cette maison d’édition indépendante a brillé lors de la dernière rentrée littéraire en remportant le Grand prix du roman de l’Académie française avec le livre « Passagères de nuit » écrit par Yanick Lahens. Menant une politique d’auteurs de long terme, l’éditrice Sabine Wespieser entend bien tenir sa ligne.

C’est une consécration pour l’éditrice Sabine Wespieser et sa maison d’édition du même nom. Fin octobre, le livre « Passagères de nuit » – une fresque retraçant les parcours croisés et les luttes de deux femmes battantes en Haïti et à la Nouvelle-Orléans au XIXe siècle pour leurs droits et contre l’esclavage -, de l’auteure haïtienne Yanick Lahens, a été couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française.

« C’est un lieu hautement symbolique où l’on fait le dictionnaire, et ce prix récompense une voix qui écrit en français et porte au-delà de l’Hexagone, souligne Sabine Wespieser. C’est aussi un prix important sur un plan économique. Nous publions 10 livres par an dans le champ de la littérature uniquement et j’étais inquiète avant ce prix car la péréquation de notre modèle économique n’allait pas nous permettre d’être à l’équilibre cette année. »

Cession des droits à l’étranger

Comptant trois salariés, cette maison d’édition indépendante doit atteindre, bon an, mal an, un chiffre d’affaires tournant autour de 700.000 euros pour être dans le vert. Grâce à l’effet démultiplicateur sur les ventes du Grand prix du roman de l’Académie française, la structure vise, à terme, le cap des 50.000 exemplaires pour « Passagères de nuit » qui a été réimprimé plusieurs fois depuis sa parution fin août, après un tirage initial à 8.000 unités.

Présent aussi dans la deuxième sélection (soit les huit derniers livres encore en lice) du prestigieux prix Goncourt, l’ouvrage a été remarqué à l’étranger et ses droits ont déjà été achetés aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne ainsi qu’au Brésil. Les droits audio ont, eux, été cédés à Audiolib, filiale d’Albin Michel et de Hachette. Pour le poche, les éditions Points, fidèles à l’oeuvre de Yanick Lahens, avaient acquis les droits de « Passagères de nuit » avant parution.

« Nous faisons feu de tout bois pour faire vivre notre catalogue, les différentes cessions sont donc très importantes à la fois sur un plan économique et pour le rayonnement de l’oeuvre. C’est une obligation quand vous menez une politique d’auteurs de long terme », fait valoir Sabine Wespieser, qui éditait avec « Passagères de nuit » son huitième livre de Yanick Lahens, déjà récompensée par le prix Femina en 2014 pour « Bain de lune ».

Un Goncourt raté de peu en 2007

Entrée chez Actes Sud en 1987 comme assistante avant de devenir une éditrice chevronnée, Sabine Wespieser a fondé sa maison en septembre 2001, juste après un bref passage chez Librio (collection de poche de Flammarion). Dès l’année suivante, celle-ci se fait un nom à Saint-Germain-des-Prés avec « La Vie de Mardochée de Löwenfels écrite par lui-même », écrit par celle qui était alors une primo-romancière, Diane Meur, dont tous les livres suivants ont aussi été édités chez Sabine Wespieser.

Depuis, de nombreux faits d’armes littéraires ont émaillé la carrière de l’éditrice qui a frôlé le Goncourt 2007 avec « Le Canapé rouge » d’une autre de ses auteures phares, Michèle Lesbre (15 ouvrages édités chez Sabine Wespieser), a remporté un prix Femina spécial en 2019 pour l’ensemble de l’oeuvre d’Edna O’Brien (« Crépuscule irlandais », « Girls ») et a signé sa meilleure vente historique (plus de 300.000 unités, tous formats confondus) avec « Terre des oublis », de l’auteure vietnamienne Duong Thu Huong.

« Nous réalisons près de 80 % de notre chiffre d’affaires grâce aux libraires », confie l’éditrice – possédant toujours 100 % de sa maison d’édition aux côtés de son mari, le sociologue Jacques Leenhardt -, qui n’entend en rien changer de modèle. « En vingt-quatre ans, nous avons dû réinjecter par deux fois de l’argent pour tenir. Mais je préfère garder ce cap de l’indépendance, rendant possible la péréquation. Ce qui me permet, à condition qu’elle se fasse, de publier des auteurs importants mais parfois non rentables malgré de longues années de carrière et de nombreux livres. »

Lire : Les Echos du 24 décembre

Jean-Philippe Behr

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