Le projet de reconversion de l’ex-papeterie normande est remis en cause par les difficultés du principal candidat à sa reprise, le Canadien Fibre Excellence.
C’est un nouvel épisode et un nouveau retard qui vient assombrir la désormais longue histoire du sauvetage de la papeterie de La Chapelle Darblay, située à Grand-Couronne, aux portes de Rouen (Seine-Maritime). Fermée en 2019, l’usine, dont l’annonce de reprise en 2023 par le groupe canadien Fibre Excellence, devait rouvrir en 2028 après un lancement des travaux en ce début 2026. Or, d’importantes difficultés économiques dans les deux usines françaises du groupe viennent casser ce calendrier du projet estimé à 280 millions d’euros d’investissement.
En 2023, Fibre Excellence avait, avec Veolia, signé un accord pour reconvertir le site industriel normand vers le PPO, le papier pour ondulé servant à produire des emballages carton pour lesquels les besoins et le marché sont en forte croissance. 450.000 tonnes de papiers et cartons recyclés devaient être utilisées chaque année à terme, dont au moins 225.000 tonnes apportées par Veolia pendant les dix premières années.
« Pas de temps »
Or, la situation a changé pour le seul producteur de l’Hexagone spécialiste de la pâte à papier marchande, implanté dans le sud de la France avec 650 salariés. Fibre Excellence y compte deux sites de production de pâte à papier, à Tarascon (Bouches-du-Rhône) et à Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Il y a peu, le CSE de l’usine de Tarascon a exercé son droit d’alerte tandis que les représentants syndicaux des deux sites ont échangé avec les équipes du Comité interministériel de restructuration industrielle, qui suivent la situation.
Baisse de la consommation de pâtes à papier en France, hausse de la concurrence internationale, revalorisation du tarif de rachat de son électricité verte, augmentation du prix des intrants, en particulier du bois de trituration, sont parmi les obstacles avancés par l’industriel.
Contacté par « Les Echos », le groupe assure « rester engagé dans le projet de reprise » : « Notre priorité absolue est d’assurer le retour à l’équilibre économique de nos sites papetiers existants. Le contexte impose une gestion rigoureuse et responsable de nos ressources. L’urgence a changé de région. « Bien sûr, la situation de ces deux sites est le sujet principal avec plusieurs centaines d’emplois menacés. A ce jour, l’Etat demande du temps mais l’industriel et les salariés n’en ont pas. Ici, tout était prêt pour l’annonce d’une bonne nouvelle », s’indigne Cyril Briffault, secrétaire CGT Chapelle Darblay.
« Depuis six ans, l’Etat n’a rien fait et, aujourd’hui, l’entreprise est rattrapée par le contexte industriel de sa filière. Qu’il prenne ses responsabilités pour redresser la filière », demande Nicolas Mayer Rossignol, maire PS de Rouen et président de la métropole, qui avait fait l’acquisition du site de Grand-Couronne en mai 2022.
Questionné par Edouard Bénard, député PCF de Seine-Maritime, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, a confirmé, la semaine dernière, le soutien de l’Etat à hauteur de 52 millions d’euros. « Ces aides publiques restent liées à la finalisation du projet et à la présence de partenaires privés autour de la table […] qui dépendra de la santé financière de Fibre Excellence », a-t-il indiqué.






































