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Prendre à la gorge l’édition indépendante : la corrosive méthode Amazon

Parler d’avantages à travailler avec Amazon confine à l’ironie, plus encore quand on dispose d’un compte “Avantage”. Par ce programme, les fournisseurs disposent d’un stockage dans les entrepôts, et facturent selon le relevé de ventes. Avec une commission que le cybermarchand se plaît à renégocier avantageusement…

Pour Olydri Editions, éditeur de Noob, la pilule est devenue difficile à avaler, quand son diffuseur/distributeur, Makassar, a fait part des nouvelles conditions commerciales d’Amazon. « À compter du 1er juillet, Makassar a appris qu’il devrait basculer sur une remise de 45 %, au lieu des 40 % pratiqués jusqu’à lors », nous explique Fabien Fournier, le fondateur.

« C’est la suite logique d’une stratégie globale, d’autant plus facile à mettre en place quand on est en situation de monopole », poursuit Vincent Dodivers, gérant de Makassar.

L’Amazon qui vous veut du bien

En janvier, un premier mail du cybermarchand avertit, sans frais, que les conditions de remises allaient évoluer. Une relance intervient début mai. « Pour rester dans les conditions du compte Avantage, les 40 % de remise que nous avions dans le contrat d’origine n’étaient plus conformes. Ils nous simplement dit qu’ils passeraient à 45 %. » Dont acte.

Le diffuseur tente alors de discuter, « mais c’est compliqué quand on ne peut joindre personne ». Les échanges sont houleux, mais Makassar parvient à faire redescendre les prétentions du vendeur : 42 % de remise, pas moins. « Sauf que nous sommes mandatés par les éditeurs pour 40 %, et que l’on ne pourra pas absorber les 2 % supplémentaires. »

Makassar s’est monté voilà une vingtaine d’années, avec une spécialisation comics, manga et bande dessinée — et surtout, une orientation vers les éditeurs indépendants. « Aujourd’hui, nous comptons près de 200 éditeurs avec 7000 titres actifs », poursuit Vincent Dodivers. « Nous avons également développé notre catalogue avec des maisons de sciences humaines et de littérature. »

Profitant du compte Avantage, Makassar avait basé sa relation commerciale sur ces 40 % de remise accordés. « Nous n’avons pas une marge de manœuvre infinie : en regard des conditions, 40 % de remise, c’est mérité pour Amazon, mais plus, c’est abusif. Ils nous ont proposé 42 %, mais nous avons expliqué aux éditeurs qu’ils auraient à leur charge les 2 % supplémentaires. »

Le cercle vertueux façon Amazon

Le plus simple était alors de laisser chacun choisir. « Certains ont besoin du chiffre d’affaires que représente Amazon, qui est un partenaire difficile à négliger. Et dans l’hypothèse où l’on arrête de travailler avec eux, il y aura certainement un report des ventes, mais une perte de chiffre d’affaires malgré tout. »…

Lire : Actualitté du 2/7/19

Pascal Lenoir

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