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Xavier-Laurent Salvador : « Il faudrait enseigner le simple plaisir de lire »

L’agrégé et maître de conférences en linguistique médiévale explique en quoi l’Éducation nationale a réduit le livre à une fonction sociologique déprimante au lieu de le rendre divertissant.

LE FIGARO. – LE FIGARO – Que vous inspire la baisse continuelle du temps de lecture chez les jeunes ? Peut-on rattraper le coup ?

- XAVIER-LAURENT SALVADOR. – Non, c’est fichu, mais je suis prêt à me battre même si c’est un combat en pente ­glissante. Car, je voudrais plaider en ­faveur des élèves et des jeunes. Oui, ils lisent moins, mais on parle d’une ­pratique de lecture qui est une pratique scolaire. Depuis quelques décennies maintenant, on a soumis la lecture du roman à une espèce de grille morale, idéologique. On n’enseigne plus pour le plaisir de lire, mais, je cite la plupart des manuels scolaires, pour faire « une ­expérience de l’autre, s’intéresser à la critique sociale », etc. On a réduit le livre à une fonction pédagogique et sociologique absolument déprimante. C’est pour cela que, depuis vingt ans, on ­répète à des élèves que Madame Bovary est une critique de la position de la ­femme au XIXe siècle. C’est absolument faux ! En réduisant le livre à une ­fonction, on a oublié sa fonction essentielle : l’imagination, le vertige, c’est- à-dire expérimenter non pas la vie ou le corps d’un autre, mais expérimenter la communauté, l’universel, la grandeur, le vertige, donc.

LE FIGARO. – Quand les jeunes lisent, ils font aussi autre chose sur leurs écrans. Est-ce possible de lire en envoyant des messages ou en regardant des vidéos ?

- Non, évidemment. Si nos élèves sont des lecteurs en permanence, y compris sur les écrans, on a oublié qu’être ­exposé à l’écrit ne fait pas d’eux des lecteurs. En outre, si le professeur fait étudier des extraits en classe, les élèves ne lisent plus sur un temps long. On a abandonné l’idée d’endurance, et c’est là que se pose le problème de la fragmentation de l’attention. Nous sommes en train de recréer un privilège de caste. D’un côté, on a des enfants issus de milieux dans lesquels on favorise la déconnexion, le droit à la déconnexion de l’enfance, et de l’autre, des milieux où les enfants n’ont pas le choix d’être ­exposés. Il est évident que cette ­fragmentation-là coupe complètement le rapport à la lecture longue, à la capacité d’investissement de l’esprit. Or, on ne peut pas lire un livre en étant soumis en permanence à d’autres signaux. Car l’exposition passive à l’écrit n’est pas de la lecture. Les jeunes passent seulement leur temps à lire des signes…

Lire Le Figaro du 20/4/26 page 10

Pascal Lenoir

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