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Pourquoi Prisma Media vend à Vivendi ses magazines sur le luxe

Vivendi va racheter à son ancienne filiale plusieurs titres dont « Harper’s Bazaar » et « The Good Life ». Les syndicats de Prisma dénoncent un affaiblissement du leader de la presse magazine.

Prisma Media va (encore) rétrécir. En parallèle d’un plan social annoncé en décembre, et moins d’un an après la scission de Vivendi, ce dernier se prépare à racheter au numéro un de la presse magazine en France ses publications sur le luxe (« Harper’s Bazaar ») ainsi que dans le design (« Ideat », « Côté Maison ») et dans le lifestyle (« The Good Life », « Milk »).

Cette opération a été formalisée aux salariés de Prisma Media vendredi pendant d’une réunion de son CSE. Pour autant, s’agit-il vraiment d’une surprise alors que depuis décembre 2024 Vivendi a été scindé en quatre sociétés cotées en Bourse (Canal+, Havas, Vivendi et Louis Hachette Group, ou LHG) ? Selon une source proche du dossier, cette transaction se ferait dans le cadre de la promesse qui avait été faite à Vivendi post-scission de se redéployer en tant que holding d’investissement, sur des projets créateurs de valeur.

L’idée est que le pôle luxe se développera beaucoup mieux au sein de Vivendi, qui dispose d’une équipe à même de faire pousser des marques fortes, poursuit cette source. Chez Vivendi, ces titres pourront bénéficier de l’expérience du président du directoire Arnaud de Puyfontaine (ex-Le Figaro et Hearst).

Rédaction déjà installée au siège de Vivendi

De plus, la rédaction du pôle luxe de Prisma est déjà depuis plusieurs mois dans les locaux de Vivendi, dans le 8e arrondissement de Paris. « Ce pôle-là a toujours été un peu à part chez Prisma, d’autant que pour certains comme ‘Harper’s’ ce sont des licences dont la ligne éditoriale est influencée par les éditions aux Etats-Unis », rappelle une autre source proche du dossier.

Quant à Prisma, au premier semestre 2025 il avait dégagé un résultat opérationnel ajusté (Ebita) légèrement positif, à 3 millions d’euros. Or, selon nos informations, le pôle luxe représenterait une faible part de ses revenus et n’est pas à l’équilibre. Sa cession ne serait donc pas déstabilisante.

Risque d’affaiblissement de Prisma ?

Ce projet de vente « affaiblit Prisma, qui perd encore une part importante de sa croissance », estime pour sa part Emmanuel Vire, délégué SNJ-CGT. « Pour moi ce serait une fraude au plan social. On évite aux salariés des magazines du pôle d’entrer dans le plan social », poursuit ce représentant du personnel.

Prisma Media a été logé au sein de LHG à côté du leader français de l’édition Hachette et des autres actifs venant du groupe Lagardère (travel retail, Europe 1, «Journal du Dimanche», etc.). Dans le cadre de son plan social, le groupe de presse magazine dans le giron du milliardaire Vincent Bolloré pourrait supprimer environ un tiers de ses effectifs, soit jusqu’à 240 personnes, selon des données des sources syndicales confirmées à l’AFP par la direction.

Interrogé jeudi à ce sujet lors d’un rendez-vous de l’Association des journalistes médias, Gérald-Brice Viret, le directeur général de Canal+ France, qui est également vice-président de Prisma, a expliqué que l’essor de l’IA et la baisse de la diffusion papier ont pesé sur les magazines, alors que le numérique n’a pas permis d’avoir les revenus espérés. « On doit s’alléger afin d’anticiper les années à venir, a-t-il dit. On réfléchit à des rédactions communes pour alimenter différents magazines avec des lignes éditoriales différentes », a-t-il ajouté.

Lire : Les Echos du 19 janvier

Jean-Philippe Behr

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