“Sauver ce qui reste à sauver” : pourquoi cette librairie historique pourrait être placée en redressement judiciaire dans les prochains mois, les salariés inquiets
Les salariés de Sauramps alertent sur la situation de la librairie historique de Montpellier. L’institution, qui a fêté ses 80 ans cette année, traverse une grave crise financière. Son actionnaire majoritaire dit travailler à plusieurs pistes, dont un possible redressement judiciaire.
Les salariés de Sauramps ont décidé de sortir du silence. Mercredi, ils ont distribué des tracts dans le centre de Montpellier pour alerter sur l’avenir de la librairie. Depuis plusieurs mois, ils affirment vivre dans l’attente. Les rayons se vident, les commandes ne repartent plus vraiment et les réponses tardent à venir.
Des salariés dans l’attente de réponses
Les 47 salariés montpelliérains de Sauramps se sont relayés pour aller au contact des passants. Ils veulent savoir ce qui va se passer. Romain Chiramonti, papetier chez Sauramps, parle d’une inquiétude grandissante. “Aujourd’hui, on a une grande inquiétude envers l’avenir de Sauramps, envers la librairie, la papeterie, que ce soit à Montpellier et à Alès”, explique-t-il. Selon lui, les équipes se sentent laissées dans le flou.
Le salarié dit aussi craindre pour l’emploi. “Le secteur va déjà plutôt mal. Nous, maintenant, on est dans une situation très délicate.” Dans les rayons, la crise se voit. Certains clients viennent encore par fidélité, mais ils s’inquiètent eux aussi. “On a moins d’offres actuellement à proposer parce qu’on n’a plus les nouveautés”, explique Romain Chiramonti. “Les clients s’interrogent sur ce qui se passe, sur l’état de la librairie.”
Des rayons qui se vident et des commandes à l’arrêt
Julien Domergue, responsable logistique de Sauramps, décrit une situation qui s’est dégradée au fil des semaines. Pour lui, les salariés ont atteint un point de rupture. “Aujourd’hui, on n’est plus capables d’attendre”, dit-il. “On sollicite auprès de notre actionnaire et de l’ensemble des acteurs des réponses sur l’avenir de la librairie.” Dans l’arrière-boutique comme dans les rayons, le constat est dur. Le stock baisse, et les entrées de livres ne suivent plus. “Ça fait des semaines, des mois que le stock ne fait que diminuer”, explique Julien Domergue.
Pour les salariés, le manque de visibilité est devenu très lourd. Ils ne savent pas si la librairie va être relancée, placée en redressement judiciaire ou si une autre solution va être trouvée. “On veut juste avoir une idée de ce qui nous attend”, résume Julien Domergue. Il parle d’un mélange de fatigue, de colère et de dépit. “Quand on a été repris il y a neuf ans, on était repartis. Au bout de deux ans, on était dans le top 4 des librairies en France”, rappelle-t-il. “Aujourd’hui, il y a la colère de ne pas savoir où on sera demain.”
L’actionnaire évoque un possible redressement judiciaire
François Fontès, actionnaire majoritaire de Sauramps, reconnaît une situation très difficile. Il affirme que toutes les pistes sont étudiées. “C’est en réflexion”, répond-il au sujet d’un possible redressement judiciaire. “Il y aura certainement un dépôt de dossier. Mais ce sera surtout pour sauver ce qui reste à sauver.” L’actionnaire explique travailler avec plusieurs acteurs locaux.
Il affirme avoir déjà beaucoup investi dans la librairie depuis sa reprise. “J’ai investi pour ma part plus de 8 millions d’euros dans Sauramps pour essayer de le sauver”, assure François Fontès. “Mais malgré tout, ça n’a pas suffi.” Les pertes cumulées seraient proches de 5 millions d’euros selon les éléments comptables évoqués. François Fontès parle, lui, surtout des fonds déjà engagés par son groupe. “Je ne peux pas faire comme je fais depuis 5 ou 6 ans, remettre 1 million ou 1,2 million par an là-dedans”, explique-t-il.
Des loyers lourds et des locaux jugés vétustes
Pour l’actionnaire, la crise de Sauramps ne vient pas seulement de la baisse des ventes de livres. Il pointe aussi le poids des loyers et l’état des locaux. “On est contraint par des loyers exorbitants”, affirme François Fontès. Le loyer atteindrait environ 1,5 million d’euros par an, sans compter certaines charges.
Il évoque aussi des problèmes sous la verrière. Une partie des bâtiments ne serait plus utilisable dans de bonnes conditions. “Tous les bâtiments qui sont sous la verrière ne sont plus utilisables parce qu’ils ne sont pas aux normes handicapés”, explique-t-il. “Il y a des fuites, et c’est un énorme problème de Sauramps depuis quelques années.”
Selon lui, rester sous cette verrière paraît désormais très compliqué. “Rester sous la verrière, ça me paraît très improbable”, dit-il. François Fontès affirme discuter avec les propriétaires. Mais il assure que les échanges sont difficiles. “Depuis 2022, on leur écrit en leur disant que ce n’est pas conforme. Ils ne répondent jamais”, avance-t-il.
Les clients parlent d’une institution montpelliéraine
Devant la librairie, les clients partagent aussi leur inquiétude. Une ancienne Montpelliéraine dit ne plus reconnaître la librairie. Pour elle, la fermeture serait un symbole terrible. “C’est un pilier, une institution montpelliéraine”, insiste-t-elle. “Il faut vraiment sauver cette institution qui fait partie du paysage montpelliérain.” Un autre client met en avant le rôle des libraires. “On avait des vendeurs compétents. Ils lisaient les livres, ils donnaient des conseils”, raconte-t-il. Il estime que Montpellier perdrait beaucoup si Sauramps disparaissait.
Le projet d’association avec un partenaire reste possible, mais rien n’a encore été décidé. Le redressement judiciaire fait partie des pistes sérieuses. François Fontès l’assume. “Ça fait partie des cibles totalement envisageables”, indique-t-il. Les salariés, eux, attendent et veulent savoir si l’activité peut repartir, si les emplois peuvent être sauvés et si la librairie peut encore tenir. Sauramps a déjà connu un redressement judiciaire en 2017 avant d’être reprise par François Fontès.






































