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L’innovation permanente, une culture à développer dans les grandes entreprises

Le numérique et l’émergence de nouveaux entrants poussent les groupes traditionnels à se renouveler. Grâce à l’open innovation, ils se donnent les moyens de trouver des idées novatrices auprès de structures plus agiles.

Lire Le Figaro du 18/3/19 page 27 et 30

De la blockchain à la robotique en passant par la 5G, l’intelligence artificielle et l’informatique quantique, les champs d’innovation continuent de se multiplier. Déjà bousculées par la mondialisation et la concurrence de nouveaux champions (chinois notamment), les grandes entreprises s’efforcent d’appréhender ces technologies de rupture. Un défi de taille pour des organisations parfois centenaires, qui se sont rigidifiées avec le temps.

La croissance exponentielle de la puissance de calcul et la constitution d’immenses gisements de données

« Clairement l’innovation s’accélère et c’est directement lié à l’émergence du numérique »Pierre-André de Chalendar, le PDG du groupe Saint-Gobain

grâce à Internet ont ouvert la voie à de nouveaux entrants qui ont su dépasser en quelques années seulement des sociétés leaders dans leur domaine. «Clairement l’innovation s’accélère et c’est directement lié à l’émergence du numérique», reconnaît Pierre-André de Chalendar, le PDG du groupe Saint-Gobain. L’incursion d’Amazon dans le commerce constitue un cas d’école. Le groupe de Seattle a su à la fois acquérir une taille mondiale tout en développant une connaissance de ses clients plus fine que celle des acteurs locaux de la distribution. «Au-delà de la vitesse à laquelle les innovations s’enchaînent, ce qui me frappe le plus, c’est leur accessibilité croissante, analyse Axelle Lemaire, associée au cabinet de conseil Roland Berger. Le premier séquençage de génome a coûté 2,7 milliards de dollars, à présent cela tourne autour de 1 000 dollars.» Les prix des capteurs, des serveurs et des équipements de réseaux continuent de baisser ; les barrières technologiques s’affaissent. Un acteur comme Tesla s’est ainsi arrogé la pole position sur la voiture du futur, alors qu’il n’avait pas d’expérience préalable dans l’automobile. «Ils ont conçu leur produit non comme une voiture mais comme un objet connecté, un ordinateur roulant en quelque sorte, qui est mis à jour en permanence», commente Fabrice Brégier, président de Palantir France.

Changement de posture

L’accélération des innovations s’observe même sur des secteurs traditionnels comme la construction de bâtiments. Un quart des produits vendus par Saint-Gobain n’existaient pas il y a cinq ans. «Les deux clés pour rester dans la course, c’est de remettre le client au centre et de s’ouvrir aux idées des collaborateurs et des partenaires», confie Pierre-André de Chalendar. Le groupe français étoffe ses équipes de R & D avec des spécialistes en data science, en robotique et en réalité virtuelle. Il a également mis en place une équipe dédiée aux start-up qui a conclu plus de 80 partenariats en dix ans. La co-innovation lui a permis d’explorer plus vite de nouveaux produits comme le vitrage actif et des services inédits: maquette numérique, application de sélection de vitrage pour les architectes, suivi de livraison en temps réel dans la distribution, etc.

« Je ne crois plus à l’innovation qui vient des bureaux de R & D »Fabrice Brégier

Forcément, la collaboration avec l’extérieur exige un changement de posture pour les salariés qui doivent accepter que de bonnes solutions se trouvent hors des murs. «Je ne crois plus à l’innovation qui vient des bureaux de R & D», tranche Fabrice Brégier. Sous sa direction, la branche civile d’Airbus a rejoint la plateforme d’open data Skywise et renforcé le travail collaboratif avec ses partenaires – par exemple avec Thales sur le cockpit du futur. On le voit, pour innover rapidement, les grandes entreprises doivent maîtriser toute une palette de compétences: «Le management de projet pour les innovations incrémentales, le management de la recherche et des partenariats académiques, l’intrapreneuriat et l’open innovation», énumère Sihem Jouini, professeure à HEC Paris. «Les entreprises les plus performantes dépensent en moyenne trois fois plus que le montant médian en R & D, soit près de 10 % de leur chiffre d’affaires», ajoute Eric Hazan, directeur associé chez McKinsey.

Pascal Lenoir

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