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Recyclivre tourne une page

Le spécialiste du livre d’occasion accueille deux fonds après le retrait de son fondateur et prépare ses nouvelles stratégies de conquête, auprès de l’édition et à l’étranger.

Gibert, premier libraire indépendant de France, demande un redressement judiciaire ? Recyclivre, lui, accélère. Créé en 2008, le premier acteur français du livre d’occasion (20 millions d’euros de chiffre d’affaires) a doublé de taille en trois ans. La société parisienne vient d’opérer une recomposition de son capital à la faveur du retrait (pas complet) du fondateur David Lorrain. Il est remplacé par LT Capital et Swen Capital Partners, lequel investit pour le compte de la mutuelle niortaise Macif. La moitié des 40 salariés ont pris 15 % des parts.

« Nous avons développé un modèle très efficient d’achat-revente qui nous permet de surperformer dans un marché du livre », analyse Sylvain Joly, codirigeant de la société. Recyclivre, libraire sans boutique, ne vend qu’en ligne. Jusqu’en 2021, la collecte était gratuite. « L’intéressement à la reprise a changé la donne. Les acheteurs sont aussi des vendeurs, à la manière des utilisateurs de Vinted ou Leboncoin », explique-t-il.

Un marché « porteur »

Recyclivre rachète les ouvrages auprès des particuliers, avec une application qui scanne le code-barres et un système de dépôt en points relais, et à un millier d’associations partenaires ou recycleries, ESAT… appelés à vider régulièrement des bibliothèques lors de successions ou de déménagements. Et rémunérés à la commission pour « soutenir l’emploi solidaire ».

L’entrepôt de Villabé, en Essonne, où sont stockés 1,3 million de romans, essais ou BD, est également opéré par une entreprise de réinsertion, Log’ins. Recyclivre est elle-même labellisée économie sociale et solidaire, B Corp et adhérente du programme 1 % pour la planète : autant d’arguments aptes à séduire le fond engagé Terre et Vivant de la Macif, créé en 2024 et doté de 50 millions d’euros. Recyclivre est son troisième investissement.

L’e-commerçant a vendu 2 millions d’ouvrages en 2025. « Le marché reste modeste, car il s’agit par définition de petits prix, mais il est porteur : il correspond à l’air du temps, au souci de ne pas jeter et à la nécessité d’arbitrer son budget », observe Sylvain Joly.

D’ailleurs, Gibert, quatre fois plus gros, a annoncé sa volonté de se recentrer massivement sur l’occasion. Une menace ? « Plutôt une publicité pour le secteur, qui va contribuer à faire grossir le gâteau », assure Sylvain Joly. Mais son concurrent, qui réalise déjà un tiers de son chiffre d’affaires avec la seconde main, « a des enjeux de transformation important avec ses boutiques, alors que le marché de l’occasion est complètement digitalisé », note-t-il.

La stratégie de Recyclivre consiste désormais « à décloisonner le neuf et l’occasion en travaillant directement avec les éditeurs et les libraires ». Ou du moins en essayant de les convaincre. Le dirigeant veut proposer aux libraires de participer au réseau de reprise en offrant aux déposants des bons d’achat neufs dans leur commerce. La société, déjà implantée en Espagne, projette aussi d’ouvrir au Portugal et en Italie, « des terres de mission pour le livre d’occasion, contrairement à l’Europe du Nord et l’Allemagne où ce marché est déjà très structuré ».

Lire : Les Echos du 19 mai

Jean-Philippe Behr

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