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Les libraires repartent en guérilla contre Amazon

A l’occasion des Rencontres nationales de la librairie, organisées dimanche et lundi, les acteurs du secteur lancent un cri d’alarme sur la concurrence déloyale du géant de l’e-commerce, qui contournerait le prix unique du livre en jouant sur les mots.

 

Les libraires contre le géant du e-commerce Amazon. Ou David contre Goliath. La guerre interrompue entre les acteurs de l’ancien et du nouveau monde prend une intensité nouvelle, alors que se tient la cinquième édition des Rencontres nationales de la librairie, dimanche et lundi à Marseille. Organisée à l’initiative du Syndicat national de la Librairie française (SLF), la manifestation devrait être l’occasion, pour les 700 librairies et les 200 professionnels présents, de lancer un cri d’alarme sur le prix unique du livre, imposé par la loi Lang de 1981, mais que ne respecte pas, selon eux, le géant de l’e-commerce.

 

Président du SLF, Xavier Moni martèle dans les médias : « Alors que le prix unique a fait ses preuves sur un plan économique et culturel et que l’ensemble de la classe politique le soutient, nous avons un acteur très puissant qui s’est installé au coeur de notre marché travaille petit à petit à en saper les fondements. Cela fait plus d’un an que le Médiateur du livre a adressé au gouvernement et au Parlement une proposition de la loi de 1981 pour obliger Amazon à mieux respecter le prix unique. Cette recommandation est restée sans suite à ce jour. »

Clarifier les offres

 

Délégué général du SLF, Guillaume Husson se se situe sur une ligne identique, traduisant le même sentiment d’impuissance : « Amazon ne clarifie pas suffisamment ses offres en mélangeant sur son site, livres d’occasion, livres neufs, avec des accroches telles que « livres à partir de 7 euros ». Le SLF et le Syndicat National de l’Edition (SNE) ont saisi le médiateur du livre en 2015 et une charte a été signée sur la question de la nécessaire clarification du prix du livre, à laquelle se sont associés la FNAC, Cdiscount, Gibert et Price Minister. Mais rien ne bouge », indique-t-il.

 

Pour d’autres acteurs, toutefois, c’est le manque de transparence global du marché du livre qui pose problème et pèserait sur la rentabilité des 3.300 librairies, avec un résultat net moyen qui devrait se situer autour de 1 % cette année, selon le cabinet Xerfi.

Peu de retour

 

« Face à la loi, Amazon n’a jamais mené de combat frontal mais a plutôt cherché à la contourner en jouant effectivement sur les mots avec des mentions telles que « livre à l’état neuf », reprend Maya Flandin, vice-présidente du SLF. « De manière plus générale, on a affaire à un manque de précision, dans les affichages, de ce qu’est un livre d’occasion, un livre en solde… Ce qui est en logique, la loi Lang ayant été conçue à une époque où Internet n’existait pas. Mais du coup, les soldeurs proposant des « livres neufs à prix réduit » nous posent aussi problème. Nous avons envoyé une proposition de précision de la loi Lang pour ce que le consommateur sache ce qu’il achète et rémunérer de façon juste les auteurs et les libraires. Mais avons eu peu de retours. »

 

Les libraires attendent alors beaucoup des Rencontres auxquelles se rendra lundi, Franck Riester, le Ministre de la Culture. « Ce sera l’occasion de voir exactement ce qu’il est prêt à faire. » Histoire d’enfoncer le clou, les libraires lanceront une campagne nationale sur le thème « Un livre a le même prix partout », au cours de leurs assises.

 

Lire : Les Echos du 25 juin

 

Jean-Philippe Behr

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