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Les librairies luttent pour survivre dans un climat de crise

Le groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord, la librairie emblématique de Lille, et de Decitre, très présente à Lyon, a demandé son placement en redressement judiciaire.

Le printemps est rude pour les enseignes les plus illustres de la librairie en France comme Gibert et Le Furet du Nord, contraintes d’engager une sévère restructuration pour tenter de survivre face à la concurrence du e-commerce et au déclin de la lecture.

Les mauvaises nouvelles s’accumulent : le groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord, la librairie emblématique de Lille, et de Decitre, très présente à Lyon, a demandé, mardi 26 mai, son placement en redressement judiciaire.

Il y a un mois, le 28 avril, Gibert, le premier libraire indépendant de France, avait déjà provoqué un choc en étant, lui aussi, placé pour six mois sous la protection du tribunal des affaires économiques de Paris.

Ces difficultés sont partagées par d’autres grands acteurs du secteur, comme Sauramps, basée à Montpellier, mais aussi des librairies indépendantes plus modestes, qui sont environ 3 500 réparties dans toute la France.

Si la situation continuait à s’aggraver, l’impact social pourrait être important : le secteur de la librairie (hors grandes enseignes généralistes comme la Fnac) emploie quelque 15 000 personnes. À lui seul, le groupe Nosoli exploite 27 magasins et emploie 600 personnes, tandis que Gibert a 16 enseignes dans douze villes avec 500 collaborateurs.

Le chiffre d’affaires global des librairies s’est contracté de 2,5% au cours des quatre premiers mois de l’année, selon l’observatoire du Syndicat de la librairie française (SLF), les commerces situés en région parisienne résistant mieux que ceux des villes petites et moyennes.

“On fait le dos rond. On espère que les mois à venir, après une année électorale, seront plus prospères”, déclare Emmanuelle Robillard, la directrice projets et qualité de Mollat à Bordeaux, la plus grande librairie indépendante de France qui emploie 110 personnes. Elle évoque une baisse des ventes de 10%, là “où d’autres sont plutôt à 20%”.

À cela s’ajoutent la vive concurrence des sites de vente en ligne, comme Amazon, la croissance du marché des livres d’occasion et la tendance de fond du recul de la lecture, délaissée au profit des écrans.

Emmanuelle Robillard pointe aussi l’impact “majeur” de la baisse du budget alloué par l’Etat au Pass culture depuis trois ans. Il ne représente plus que 2,5% des passages en caisse dans sa librairie contre 7% auparavant, selon elle.

L’ensemble de ces facteurs font vaciller le fragile équilibre des librairies, qui sont “traditionnellement peu lucratives avec un taux de rentabilité moyen situé autour de 1%”, rappellent Philippe Chantepie et Louis Wiart, auteurs d’un essai sur L’Economie du livre (La Découverte).

Ils soulignent toutefois que le secteur a plutôt mieux résisté que la plupart des commerces de détail, notamment de mode, car “le métier de libraire est vécu comme une vocation”, qui “pousse à maintenir l’activité en dépit des difficultés financières”.

Pour redresser les comptes, Nosoli va tenter de “rééquilibrer l’activité entre le livre et le hors livre, comme les jeux et les loisirs créatifs”, a indiqué le groupe.

À Marseille, la librairie Maupetit a récemment “renouvelé la physionomie de la boutique” de 850 m2, qui offre un café, une papeterie et une galerie, indique Damien Bouticourt, son directeur. Et, sur le plan social, la prudence est de mise.

Dans un tel contexte, le secteur aimerait que “les Français soient conscients de la chance d’avoir autant de librairies, une exception culturelle qui existe dans peu de pays”, souligne Marie-Rose Guarnieri, une libraire parisienne qui organise chaque année la Fête de la librairie indépendante.

Lire : France Info du 26 mai

Jean-Philippe Behr

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