À l’occasion des 200 ans du groupeHachette, Livres Hebdo consacre une série d’articles à l’impact du numéro un de l’édition française sur les métiers et le monde du livre. Historien spécialiste de l’édition, Jean-Yves Mollier, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-Saclay – Versailles-Saint-Quentin, a consacré deux ouvrages à l’histoire du groupe : Louis Hachette (Fayard, 1999) et Hachette, le géant aux ailes brisées (L’Atelier, 2015). Il évoque ici les développements du groupe qui a façonné la librairie française.
De la librairie scolaire de 1826 aux messageries de presse, Hachette a traversé deux siècles en inventant nombre de pratiques qui structurent encore le secteur. Jean-Yves Mollier, historien spécialiste de l’édition et auteur de la biographie de référence sur Louis Hachette (Fayard, 1999), décrypte les ressorts d’une success story fondée sur l’anticipation et l’innovation.
Livres Hebdo : L’histoire d’Hachette commence en 1826, lorsque le fondateur Louis Hachette achète une librairie scolaire dans le quartier latin de Paris. Comment se démarque-t-il de ses concurrents pour lancer le groupe qui deviendra très vite leader européen de l’édition ?
Jean-Yves Mollier : C’est une histoire d’anticipation. Fils d’un pharmacien et chirurgien aux armées, Louis Hachette intègre l’École Normale Supérieure en 1819 mais sa promotion est licenciée en 1822 pour raisons politiques. Le nonce apostolique à Paris estimait que l’École « puait le libéralisme », c’est l’expression utilisée. Obligé de se reconvertir, il devient précepteur puis un notaire lui prête l’argent pour acheter une librairie rue Serpente. Mais sa vraie force, c’est qu’il anticipe la réforme de l’instruction universelle. Avec d’anciens normaliens, il fait rédiger des manuels pour le primaire…






































