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UECléo : penser la complexité du livre numérique

Mise en ligne le 17 octobre 2011

Lire : INA-Global

Du 12 au 16 septembre 2011 a eu lieu la deuxième université d’été du Cléo où se rassemblent tous les deux ans des professionnels et des acteurs de la chaîne éditoriale.

Dirigé par deux universitaires – Pierre Mounier et Marin Dacos -, le Centre pour l’Édition électronique ouverte (Cléo) se présente comme une unité associant plusieurs institutions (CNRS, EHESS, l’Université de Provence et l’Université d’Avignon), chargée de promouvoir l’édition électronique en sciences humaines et sociales. En 2009, le Cléo lançait sa première université d’été, dans le but de former les acteurs de la chaîne éditoriale à l’édition électronique et notamment à ses propres plateformes (Revues.org, Calenda, Hypothèses). Tous les deux ans, universitaires, bibliothécaires, éditeurs et auteurs se retrouvent donc à Marseille, à l’Université de Provence, pour faire le point sur leurs connaissances et échanger avec leurs collègues. Cette année comme en 2009, le programme comprenait des cours, des ateliers et des conférences magistrales (du 12 au 16 septembre), commentés et suivis sur Twitter.


De cette riche semaine , on pourra retenir quelques axes et enseignements, qui témoignent chaque fois d’une volonté de sortir d’une binarité réflexive qui empêche de (bien) penser.

La lecture sociale

Le cours d’Hubert Guillaud, rédacteur en chef d’InternetActu et blogueur (La Feuille : l’edition à l’heure de l’innovation), consacré à la « lecture sociale », aura par exemple permis de mieux circonscrire son territoire et de fournir aux acteurs présents quelques pistes de développement. Ce n’est pas à un enchantement naïf auquel invitait sa présentation, qui ferait de la connexion encouragée entre les lecteurs une révolution, mais plutôt à suivre ses évolutions, du partage classique de nos lectures (en groupe, face-à-face, etc.) aux formes qu’elles peuvent  aujourd’hui prendre. Ainsi, à une typologie des partages de ses lectures (annotations, critiques, , etc.) répond des offres et des dispositifs techniques qui permettent aux lecteurs d’exercer leurs pratiques (réseaux sociaux de lecteur, applications d’annotations marginales, etc.) et aux éditeurs de les trouver. La démultiplication de la présence de ces derniers, en phase avec ces différentes formes de partage, est la garantie de trouver un lectorat et de le satisfaire. « Tisser des relations avec les lecteurs « revient ainsi à comprendre le « texte » dans toutes ses dimensions (linguistique, sociale, etc.) et ses nuances étymologiques (du latin textus, tissu).


Mais quel type de relations nouer ? Contrairement à ce que les marques croient, Hubert Guillaud a rappelé que faire partie d’une communauté n’est pas une préoccupation majeure des consommateurs qui sont plutôt à la recherche d’offres commerciales séduisantes (encore qu’il faudrait mesurer le taux de similarité entre un lecteur et un consommateur classique). L’éditeur a ainsi intérêt à ne négliger aucun de ses comportements et à apporter une réponse à chacun d’eux (
comme le fait par ailleurs bien Kobo).


À cette présentation riche et intelligente, on pourra seulement reprocher qu’elle n’ait pas accordé assez de place aux discours que mobilise la « lecture sociale ». Car ce qui est fondamentalement en jeu n’est pas le caractère prétendument révolutionnaire de cette pratique (on se demande en effet bien comment une lecture, fût-elle « solitaire », pourrait ne pas s’inscrire dans un dispositif social, comme l’a par ailleurs montré Guillaud), ni peut-être même les « nouvelles formes de sociabilité qu’elle introduit », mais bien
les discours d’escorte dont elle est l’objet et que promeuvent un certain nombre d’acteurs (« Pour mettre fin à la lecture solitaire, lisons à plusieurs » peut-on ainsi lire sur les forums de Babélio, comme s’il y avait un consensus autour de la pesanteur présumée de la solitude et qu’il fallait nécessairement y mettre un terme). La lecture numérique ne se comprend ainsi pas sans la description de son industrialisation.

Les 3 dimensions de l’économie de la publication

Une réflexion sur les objets et les supports sur lesquels et par lesquels ils s’incarnent devient donc indispensable, pour rendre compte des imaginaires symboliques qu’ils convoquent et qui les convoquent. Le travail de Jean-Michel Salaün  (synthétisé par Hubert Guillaud), qu’il a présenté lors de l’Université d’été et sur son site, envisage ainsi le « document » selon une triple dimension. La première (le « Vu ») est ce qui permet à celui qui le voit et le touche de reconnaître sa forme de document et de l’utiliser ; la deuxième (le « Lu ») engage des codes et des acteurs pour interpréter son contenu ; la troisième inscrit le document, ce médium, dans un acte social et mémoriel par lequel sa transmission est assurée de manière à être « Su », alors même que sa forme et son contenu sont tributaires d’un espace-temps différent. Jean-Michel Salaün semble ainsi proposer une articulation entre la sémiologie, la médiologie et l’anthropologie.


Mais il donne à sa théorie une portée inédite, qui permet d’expliquer les modèles économiques aujourd’hui mis en place par les grands acteurs de l’approche documentaire du web. Ainsi, Apple privilégierait la forme de ses machines (leur design) et s’appuierait donc sur la dimension anthropologique du document (le rapport intime et corporel que nous entretenons avec lui) ; Google préférerait une approche intellectuelle, qui inscrit le contenu du document, le texte, dans un processus d’industrialisation et de
capitalisme linguistique sur lequel reposent l’attention du lecteur et sa capture ; enfin, Facebook ferait de l’homme un document de manière à assurer sa transmission et sa migration, nécessaire à la viabilité économique du réseau socio-numérique. Bien entendu, la prédilection pour une dimension n’exclut pas les autres (Apple privilégie peut-être la forme mais l’entreprise ne peut pas négliger ses contenus et leur transmission).

Cette théorie serait déclinable dans le domaine de la publication et de l’édition. La triple dimension documentaire, applicable au livre, fournit en effet trois modèles économiques différents, qui reposent sur la rivalité générée ou non par chaque dimension. Le niveau anthropologique (le « Vu »), par exemple, qui est celui de la forme de l’objet, crée une rivalité (la propriété privée) entre chaque individu qui tente de se l’accaparer ; et ainsi, l’édition classique exploite ce modèle en vendant des livres. Le niveau intellectuel (le « Lu »), à l’inverse, s’inscrit dans un mode d’accès au texte et à l’œuvre, par lequel passent par exemple les abonnements aux bibliothèques. Enfin, le dernier niveau (le « Su ») est celui par lequel, lisant, un individu est saisi au cours de sa lecture et sur lequel s’appuie par exemple l’économie de l’attention.


Or, le web bouleverse ces modèles et redistribue les cartes en agissant sur les trois dimensions du document. Ainsi, des acteurs jusque-là étrangers à la chaîne éditoriale, en exploitant le contenu du livre (le « Lu ») à une échelle inégalée, c’est-à-dire en faisant du web même un immense texte, introduisent de la rivalité là où il y en avait pas. Ainsi des éditeurs (comme Reed- Elsevier) tirent des profits considérables de l’accès aux contenus qu’ils font payer. Le web marchand semble donc s’être construit principalement autour d’une économie du « Lu ».


Aussi séduisante qu’elle puisse paraître, la théorie de Jean-Michel Salaün souffre paradoxalement de ses habiles distinctions. Désosser ainsi le document en trois dimensions, dont chaque acteur pourrait se rendre maître, c’est faire de lui un « donné », facilement accessible, déterminé à partir d’une transition numérique dont l’impact et les effets sont ici bien contestables. La « forme » (le « Vu »), par exemple, rend compte d’un fort a priori sur la matérialisation du document, qui aurait été amoindrie avec sa numérisation. Or, on sait bien que cette forme prend précisément des formes nouvelles, que notre regard n’a pas encore appris à bien distinguer. Ainsi croire à son affaiblissement, ou plutôt à une économie du web construite autour des contenus, c’est participer de l’idée dangereuse que les acteurs qui exploitent la forme des « documents numériques », soi-disant imperceptibles pour le lecteur, pourraient être soustraits à tout examen.


Par ailleurs, l’équivalence entre la circulation des documents et leur transmission empêche de voir quels processus sont précisément à l’œuvre dans chacune de ces activités. Or, les opérations de transmission et de circulation différent et s’inscrivent dans deux temporalités différentes (historique d’un côté, présente de l’autre). Les premières sont réalisées par des médiateurs, c’est-à-dire par une chaîne de transmetteurs (les arabes musulmans parlent aussi d’isnâd) qui assurent l’authenticité de la parole transmise et sont généralement conscients de l’altération produite par la transmission; les secondes sont également assurées par un ensemble de processus complexes et d’acteurs variés (techniques, utilisateurs, etc.) qui exercent sur le document, sur le texte, sur le contenu, passé d’un support à un autre (du papier à l’écran), des variations matérielles et symboliques ; mais ces acteurs ne cherchent pas à définir nécessairement les normes du passage. Ainsi l’économie du « Lu » est-elle soumise à l’instabilité du « Su » (c’est pourquoi Google a tant de mal à « vendre » sa bibliothèque numérique : les normes de numérisation, de circulation du document, n’ont pas été définies en accord avec les transmetteurs-bibliothécaires-éditeurs). Le geste de lecture qualifie donc le document, pris dans un processus de communication qui en conditionne la perpétuelle mutation et rend bien hasardeuse toute tentative d’exploitation.

Une approche chromatique du droit d’auteur

Lionel Maurel, conservateur à la Bibliothèque nationale de France et auteur du blog S.I.L.e.x., a proposé dans son intervention sur le droit d’auteur un traitement plus complexe de ces questions, irréductibles à quelque théorie.Son approche chromatique vise en effet à réintroduire de la nuance dans ces débats, souvent partagés entre deux couleurs : blanc (la vertu de l’achat) et noir (la condamnation du téléchargement illégal). Ainsi, Lionel Maurel  a offert aux participants de l’Université d’été du Cléo une palette riche en distinguant 5 couleurs, qui permettent de saisir une partie de la complexité du droit d’auteur à l’heure du numérique :

Pour illustrer ces difficultés, liées à la puissance de la dissémination des œuvres, trois exemples ont d’abord été proposés par Lionel Maurel. Le premier concerne une célèbre image : The Stolen Scream, qui a librement circulé, réutilisée par des marques, sans le consentement de son auteur (Noam Galai). Mais plutôt que de les attaquer juridiquement, ce dernier a préféré recenser l’ensemble des utilisations qui ont été faites de son œuvre, de manière à reprendre possession de ses droits, avant de proposer lui-même des produits dérivés. Le deuxième exemple illustré est celui de Nina Paley, auteur de la licence copyheart, qui est allé jusqu’à inviter ses lecteurs à disséminer ses œuvres en sortant de la logique du droit d’auteur (copy-out) selon l’idée que « copier est un acte d’amour ». Le troisième et dernier exemple est celui d’une bactérie synthétique, crée par un généticien (Craig Venter) qui, pour la distinguer de l’ADN originale, y implanta une citation de James Joyce. Rapidement, Craig Venter fut accusé par l’ayant droit de l’auteur (Stephen James Joyce) d’avoir abusivement utilisé son œuvre, sans aucune autorisation.


On pourrait ainsi trop rapidement penser, après la consultation de ces quelques cas, que le droit d’auteur ne serait plus adapté au numérique. Or, il est parfaitement capable d’évoluer comme l’a justement rappelé Lionel Maurel. Le problème n’est donc pas son maintien – absolument nécessaire – mais « le fossé grandissant entre le droit et les pratiques ». Aussi le flou juridique apparaît-il davantage comme une menace, qui empêche de penser la complexité des OJNI (les objets juridiques non identifiés), lorsque la loi devient à ce point incapable de structurer avec nuance notre appréhension du réel  la réduisant à quelques oppositions paresseuses (légal/illégal, acheteur/pirate, etc.).

Réintroduire de la nuance est donc une priorité juridique et sociétale ; c’est ce que proposait le mois dernier la palette du peintre @Calimaq. La première couleur définie, le rouge, concerne ainsi les œuvres commercialisées, une zone relativement limitée qui, aujourd’hui, monopolise toute l’attention des médias alors même que la zone grise, celle des œuvres épuisées et orphelines (les œuvres dont on n’a pas réussi à retrouver les ayants droits), représente un continent et un enjeu beaucoup plus important pour Google. Si, en effet, les œuvres commercialisées représentent à peine 9 % des œuvres numérisées par l’entreprise (contre 16 % pour le domaine public), les œuvres orphelines (18 millions) constituent le reste de son fonds, dont elle a tenté de devenir le parent exclusif en se réfugiant derrière le fair-use et l’opt-out. L’Europe, avec sa bibliothèque numérique Europeana, s’est longuement penchée sur la question et pourrait prochainement proposer une directive sur les œuvres orphelines favorable aux institutions publiques, qui ne payerait alors pas l’utilisation de ces collections. De la même façon, en respectant les propositions du Comité des Sages, contestées par la British Library, les bibliothèques mondiales auraient intérêt à développer rapidement des partenariats public/privé avec plusieurs acteurs, de manière à ne plus dépendre exclusivement d’un seul (Google).


Des innovations contractuelles doivent donc être trouvées, pour régler les litiges aujourd’hui en cours . Les réflexions sur la réforme du droit d’auteur pourraient se nourrir de modèles comme celui développé par la maison d’édition de François Bon (
Publienet), qui limite précisément la durée de cessions des droits (à l’inverse des récentes actions menées par l’Union européenne sur les œuvres publiques), rémunère avantageusement l’auteur (50 % contre 8-10 % la plupart du temps dans l’édition classique). Les chercheurs, peu sensibilisés à ces questions, oublient également trop souvent de déposer leurs articles dans des archives ouvertes, qui leur assureraient la protection de leurs droits et une diffusion plus large. Le salut pour la création viendra sans doute de la zone verte, de ces œuvres sous licence libre, c’est-à-dire sous une forme de copyright souple, qui prend en compte la dimension numérique et permettra de libérer les œuvres du carcan juridique. La licence édition équitable, proche de la Déclaration des Droits du Lecteur de Livres numériques, est de ces modèles qui proposent d’assurer au lecteur la circulation, en accord avec l’auteur, dans un cercle restreint ou plus étendu, des œuvres qu’il lit, d’en disposer librement pour les annoter et les lire sans être contraint par des systèmes de verrouillages jugés inadmissibles (comme les Digital Rights Managment ou DRM).

Aussi Lionel Maurel a-t-il conclu son intervention en invitant son auditoire à s’inscrire dans l’une des zones et à chercher à en résoudre les problèmes. Car les solutions pourraient théoriquement, à terme, bien venir des internautes, organisés, capables de faire migrer les immenses collections de Google vers Internet Archive, dans une lente hémorragie, ou de financer eux-mêmes des projets, en pratiquant le crowfunding de livres (Unbound, Glujar), de musique (Jamendo), de bandes dessinées (Manolosanctis), ou en rédigeant eux-mêmes des contenus en collaboration (Sesamath) pour devenir des co-créateurs de valeurs (ou prosumers). Fabrice Rochelandet, dans le numéro 88 de Communications, propose également de doubler les innovations contractuelles de solutions fiscales qui rémunèreraient les auteurs à auteur de la « valeur sociale »  de leurs œuvres. Le payement à l’acte, dont on doit faire le deuil, pourrait ainsi être remplacé non seulement par le mécénat global (ou crowdfunding) évoqué par Lionel Maurel, mais également par la licence globale financée, entre autres, à partir du chiffre d’affaires « des principaux exploitants de contenus culturels dont le produit serait réparti aux auteurs en fonction de données d’usage collectées sur Internet. » Les droits patrimoniaux de l’auteur pourraient ainsi être cédés contre ce genre de compensations. Ces initiatives, comme celle de Pratham Books, visent plus fondamentalement à éviter que les œuvres ne tombent dans la zone grise, en les inscrivant dans un processus continu de création, de circulation et d’appropriation.

Ce que les pays du sud ont à nous dire

À la complexité des approches et à la nécessité d’interroger les imaginaires convoqués par les supports et les objets, Octavio Kulesz, éditeur et auteur d’une remarquable étude sur le livre numérique dans « Les pays [dits] en développement », a proposé une perspective décentrée. Alors que, trop souvent, les médias occidentaux, lorsqu’il s’agit de livre numérique, en oublient les expérimentations à l’œuvre à l’étranger, Octavio Kulesz a montré combien elles étaient riches. Ainsi, l’Inde et la Chine sont en voie de devenir les acteurs incontournables de l’édition numérique, tandis que les pays du nord cherchent encore à s’y implanter maladroitement. C’est qu’ils ne prennent pas en compte les spécificités des pays du sud  et tentent d’imposer leurs propres modèles économiques. Or, si la tablette et les eReaders ont bien percé dans les pays occidentaux, ces objets n’ont pas encore réussi à pénétrer les continents indien et africain, où les téléphones portables sont plus importants. Les constructeurs auraient donc intérêt à s’allier à des opérateurs de téléphonie locaux ou à développer des approches économiques variées – qui s’appuieraient par exemple sur un réseau de libraires pour développer l’impression à la demande depuis des commandes effectuées en ligne – plutôt qu’à tenter de commercialiser des tablettes. De la même façon, ignorer la complexité des droits pratiqués au Moyen-Orient, très différents d’un pays à l’autre, c’est inévitablement se condamner à ne jamais y pénétrer.

Ce qui est encore une fois ici en jeu ne sont pas seulement des modèles économiques mais des normes de circulation. Lorsque Octavio Kulesz fait ainsi avec humour d’Apple le grand prêcheur de la bonne parole), qu’incarne la pomme croquée du péché, il révèle bien que le décentrage est indispensable pour envisager en priorité des modes de pensée et de vie alternatifs.

Comment s’orienter ?

François Bon, qui intervenait le dernier jour de l’Université d’été du Cléo, l’aura souvent – à juste titre – rappelé. Les articles journalistiques, a-t-il estimé, lorsqu’ils évoquent le livre numérique, l’abordent souvent sous le seul angle « marchand », sans peut-être toujours en mesurer les enjeux sociétaux dont rend par ailleurs compte sa dernière œuvre   (Après le livre). Son intervention visait ainsi à pallier ce manque. Il aurait cependant été vain d’attendre de François Bon qu’il développe une conférence universitaire de laquelle on serait parti chargé de notes. Pierre Mounier et Marin Dacos l’avaient bien anticipé, qui lui proposèrent en conséquence une « carte blanche ». Car en publiant son intervention sur son blog (Le Tiers livre), François Bon s’était déchargé de la nécessité de la développer, laissant plutôt libre court aux associations d’idées et au déroulement libre de sa pensée, interpelant dans le public tel camarade, rebondissant sur tel autre, sans jamais faiblir, même si l’on sentait parfois une inquiétude ou une tendre vulnérabilité dans ce cheminement, propre à l’écrivain qui craint, à tort, de n’être pas tout à fait à sa place.


Son intervention valait ainsi notamment pour ce qu’elle dit de l’homme et de son œuvre. C’est qu’en effet, conférences, interventions, prises de parole publiques (sur
Facebook, sur Twitter, sur son blog, etc.) n’en sont pas des extensions, ni à la périphérie, ni ce par quoi elle advient, mais cette œuvre même, en mutation et en redéfinition constantes. Aussi ne s’incarne-t-elle pas seulement dans le texte mais dans une prise sur le monde qui en fait un texte, de son autobiographie des objets au rapport sensuel qu’il entretient avec ses objets (iPhone, iPad, Mac), prothèses et extensions de son propre corps. En creux, donc, François Bon donnait une réponse à la question posée : comment s’orienter ? Sans doute en construisant, comme le dirait André Pieyre de Mandiargues, un labyrinthe qui nous ressemble.


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