Altice USA bientôt coté en Bourse

Mise en ligne le 16 avril 2017

Lire Le Figaro du 12/4/17 page 26

Extrait

Patrick Drahi, également propriétaire de SFR en France, mise davantage sur les États-Unis pour se développer.

Patrick Drahi, le fondateur d’Altice, vient de lancer officiellement le processus de mise en Bourse de la partie américaine de son empire de télécoms et de médias. Le prospectus d’introduction vient d’être déposé auprès du gendarme de la Bourse américaine, la SEC, et le processus peut durer quelques mois. Pour l’instant, ni le prix ni le nombre de titres mis en vente n’ont été dévoilés. Le groupe sera conseillé par les banques américaines JPMorgan, Morgan Stanley, Citigroup et Goldman Sachs.

Une fois coté en ­Bourse, Altice USA pourra soit lever de l’argent frais, soit échanger ses ­titres pour racheter une nouvelle proie

Le principe est de coter entre 5 % et 10 % des actions de classe A (avec un droit de vote simple). Ces titres seront cédés par les deux actionnaires minoritaires d’Altice USA, les fonds canadien CPPIB et américain BC Partners, qui détiennent ensemble 30 % du capital. Il n’y aura donc pas d’augmentation de capital à l’occasion de l’entrée en Bourse. Conséquence, cette opération ne viendra pas réduire la dette de l’entité américaine, qui s’élève à 24 milliards de dollars.

Toutefois, en cotant en Bourse sa filiale américaine, le holding Altice NV se donne la possibilité d’accélérer sa croissance aux États-Unis. Une fois coté en Bourse, Altice USA pourra soit lever de l’argent frais, soit échanger ses titres pour racheter une nouvelle proie. Dans tous les cas, Patrick Drahi a pris soin de ne pas diluer sa participation puisque son holding détient des actions B dotées de 25 droits de vote chacune.

Altice USA est constitué de deux câblo-opérateurs: SuddenLink, qui opère dans une vingtaine d’États américains, et Cablevision, le câblo-opérateur de New York et du New Jersey. Ils ont été rachetés respectivement pour 9 milliards de dollars et 17,7 milliards de dollars, en 2015 et 2016. Aujourd’hui, on estime la valeur de cet ensemble à environ 25 milliards de dollars avant son entrée en Bourse. Depuis les rachats, les équipes de Patrick Drahi et de Dexter Goei, le patron opérationnel aux États-Unis, ont réduit les coûts d’environ 1 milliard de dollars et ont relancé la machine.

Deux fois plus cher que SFR

Aujourd’hui, Altice NV dispose de deux principaux actifs. SFR en France, racheté en 2014, et Altice USA aux États-Unis. Facialement, SFR semble nettement plus gros qu’Altice USA. L’entité française dispose de 20,7 millions d’abonnés mobile et fixe quand l’américaine n’en aligne que 4,6 millions. SFR affiche un chiffre d’affaires 2016 de 11 milliards d’euros quand Altice US atteint 8,6 milliards d’euros. Mais, une fois coté, Altice USA vaudra quasiment deux fois plus cher que SFR, soit environ 25 milliards d’euros, contre seulement 12,6 milliards pour SFR.

Pourquoi un tel écart? Pour trois raisons simples. Tout d’abord, le revenu par client d’Altice USA s’élève en moyenne à 138 dollars par mois (pour recevoir de la télévision et de l’Internet) quand il est péniblement de 22,6 euros pour les clients mobile et de 36 euros pour les clients fixe de SFR. Ensuite, Altice USA affiche une croissance de 5 % de son chiffre d’affaires annuel quand SFR, qui vient tout juste d’arrêter l’hémorragie de ses clients au quatrième trimestre 2016, affiche encore une baisse de son chiffre d’affaires de 0,5 % sur un an. Enfin, Altice USA est nettement plus rentable que son cousin français. La marge d’excédent brut d’exploitation (Ebitda) des activités américaines culmine à 40,7 %, contre 33 % pour les activités françaises. Au final, c’est bien Altice USA qui fait remonter 44 % du cash au holding quand SFR n’en fournit que 34 %. Or c’est un point crucial pour le groupe de Patrick Drahi, qui doit rembourser une dette totale qui s’élève à près de 50 milliards de dollars.

Très clairement, en 2016, le centre de gravité du groupe Altice a basculé de la France vers les États-Unis

Très clairement, en 2016, le centre de gravité du groupe Altice a basculé de la France vers les États-Unis. Patrick Drahi n’a jamais caché qu’en France, la possibilité de grandir est limitée tant que le gouvernement n’autorisera pas la consolidation entre les quatre opérateurs.

La croissance passera donc par les États-Unis. Aujourd’hui, Altice USA est le numéro quatre du marché américain des câblo-opérateurs. Avec 4,6 millions de clients, il n’est pas loin du numéro trois, Cox Communication (6,2 millions de clients). Mais, le marché est dominé par deux mastodontes totalement intouchables. Comcast, le leader, dispose de 29 millions de clients et est devenu un géant des médias après le rachat de NBC Universal. Le numéro deux, Charter Communications, cumule 21,5 millions de clients. Heureusement, il reste quelques petits câblo-opérateurs régionaux qui pourraient tomber dans l’escarcelle d’Altice.

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