Le 1, la forme au service du fond

Mise en ligne le 06 août 2017

Lire Le Figaro du 5/8/17 page 26

Extrait

L’hebdo, lancé en 2014 par Éric Fottorino, traite un seul sujet chaque semaine. Pédagogique et pluridisciplinaire.

Un journal épais, dépliable sur trois formats et autant de tons, consacré à un sujet unique chaque semaine. Avec son petit côté origami et sa grande ambition didactique,Le 1 s’est imposé en trois ans comme un titre en papier avec lequel il faut désormais compter.

33.000 exemplaires vendus en moyenne, dont 18.000 par abonnement et le reste en kiosque: Le 1 est un beau bébé. Ses trois parents: Éric Fottorino et Laurent Greilsamer, deux anciens du Monde, et Nathalie Thiriez à la direction artistique. Un trio auquel il faut ajouter Henry Hermand, entrepreneur passionné de presse, mort en 2016, qui a financé les débuts du titre.

«Il a permis au projet d’accoucher, lui rend hommage Éric Fottorino, qui a mûri son idée au Monde. Avec Laurent Greilsamer, on se demandait pourquoi les lecteurs se désabonnaient. On est arrivé à la conclusion que les piles de journaux non lus qui s’entassent chez soi, cela finit par créer une relation de culpabilité avec l’actualité.» Le 1 est parti d’un premier objectif simple: qu’on puisse le lire du début jusqu’à la fin.

Épicerie fine

«Au Monde, nous avions pensé créer un petit Monde du matin, avec trois thèmes: les entreprises, la culture et le sport. On voulait l’appeler Café noir…» Mais leur projet n’a pas rencontré d’écho favorable auprès du trio Bergé-Niel-Pigasse, qui a pris le contrôle du quotidien en 2010. «Ils voulaient monter un hyper, nous voulions faire de l’épicerie fine», résume Éric Fottorino.

La radicalité du titre, c’est de ne traiter qu’un sujet, sous la forme d’une longue réflexion avec les regards croisés de journalistes, écrivains, artistes, chercheurs… et l’ambition de «sortir de l’entre-soi des journalistes, en mariant savoir sensible et savoir savant». Après Mediapart, cofondé par Edwy Plenel fin 2007, et Slate, adapté en France par Jean-Marie Colombani en 2009, Le 1est le projet post-Le Monde de deux passionnés de l’écrit, qui ont quitté la direction du quotidien en 2012, après trois années éprouvantes durant lesquelles ils se sont frottés aux réalités de l’entreprise. Après son départ, Éric Fottorino a fait un tour du monde, raconté sur 500 pages ses vingt-cinq ans au sein du quotidien du soir. Fin 2012, il parle du 1 à Laurent Greilsamer. Les droits de Mon tour du Monde seront réinvestis dans son lancement, en avril 2014.

Sur le fond et la forme, le titre doit beaucoup à la personnalité de ses créateurs. Éric Fottorino est un fou de vélo, un romancier, un essayiste. Laurent Greilsamer a démarré au Figaro avant d’atterrir au Monde et s’est illustré comme biographe de Nicolas de Staël et René Char. Ils sont curieux de tout, avides d’explications. «Nous avons tous les deux le goût de la distance», précise Laurent Greilsamer.

«La crise actuelle n’est pas une crise des supports, mais des contenus»

Éric Fottorino, cofondateur de la revue Le 1

S’agissant des inlassables discussions sur les rôles du papier et du Web, qui font cauchemarder tous les patrons de presse, Éric Fottorino a un avis tranché: «Les deux doivent chevaucher de concert, mais avec des territoires respectifs: au papier l’excellence, l’approfondissement, la sélectivité. Au Web, l’instantanéité et l’exhaustivité. Il fallait faire un choix que nous ne regrettons pas.»

Ce sera le papier. Mais pas celui des gratuits piétinés dans le métro: un papier «lourd» (90 grammes), une vraie «main» comme on dit dans la presse. Plus qu’un journal, Le 1 est un objet qui fait de la diversion ludique et que l’on conserve. L’idée du pliage a été soufflée par l’imprimeur. «C’est quelque chose qui devient très grand quand on le déplie», explique Laurent Greilsamer. Comme les sujets qui y sont développés et qui se démultiplient, comme ses pages.

Sur le fond, Le 1 hiérarchise et donne du sens, quand le Web répond à l’impatience et apporte du désordre. «La crise actuelle n’est pas une crise des supports, mais des contenus», estime Éric Fottorino. Sa petite entreprise, rentable, prospère sur ce credo. De nombreux textes du1deviennent ainsi des livres. Une troisième collection littéraire est en préparation avec Gallimard. Associé à François Busnel, Éric Fottorino vient aussi de lancer America , une revue trimestrielle éphémère consacrée à un seul sujet: l’Amérique de Trump.

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