Mongolia, le Canard enchaîné version espagnole

Mise en ligne le 06 août 2017

Lire Le Figaro du 3/8/17 page 24

Extrait

Lancé un 2012 en plein marasme économique, ce mensuel à l’humour décapant se décline aussi en ligne.

Madrid

«Si l’on parvenait à 5000 abonnés, on n’aurait plus besoin de sortir en kiosques. Mais on le ferait quand même, pour que nos détracteurs continuent de s’énerver.» Entre le poil à gratter et le business plan, Eduardo Galan et Dario Adanti, responsables de la partie «humour» de Mongolia, choisiront toujours de déranger. Mais à force de le faire avec talent, ils finissent par assurer le succès de la revue mensuelle.

En pleine crise du papier, cet ovni dans le paysage médiatique espagnol a consolidé malgré lui depuis 2012 un modèle économique dont la publication imprimée est le noyau dur et autour duquel gravitent des sources de revenus inattendues. Mongolia dit s’inspirer du Canard enchaînéen France et de Private Eye au Royaume-Uni. La publication espagnole, elle aussi, mêle la satire à l’investigation. Mais les supports sont plus variés. Les ventes et les abonnements représentent autour de 60 % des revenus. Les 40 % restants correspondent à des spectacles donnés dans des théâtres, à des livres imprimés après des campagnes de crowdfunding, à quelques encarts publicitaires et à des produits dérivés.

«Plus qu’une revue, nous souhaitons que Mongolia soit un ton, un concept que l’on décline sur des supports très variés»

Eduardo Galan, responsable de la partie « humour » de Mongolia,

Mongolian’a pas de bureaux. Quatre amis, collègues et fondateurs, répartis entre Madrid et Barcelone, se réunissent une fois par mois et effectuent le reste des réglages à distance. Une coordination suffisante pour imprimer chaque mois 32 pages d’humour décapant et 8 pages d’enquête vendues 3 euros à entre 8000 et 18.000 lecteurs, suivies par plus de 360.000 personnes sur Twitter et quelque 300.000 autres sur Facebook. «Plus qu’une revue, nous souhaitons que Mongolia soit un ton, un concept que l’on décline sur des supports très variés: sur un journal imprimé, sur Twitter, sur YouTube, dans un théâtre ou un CD», explique Eduardo Galan.

Antithéiste et satirique

Les unes sont probablement le plus fidèle résumé des contenus, du style et des provocations de la revue. Les pouvoirs établis sont les cibles les plus habituelles: les politiques, la famille royale, la presse traditionnelle ou encore la religion catholique. Un exemple: en annonçant un «numéro spécial Semaine sainte», Mongolia fait poser une actrice porno espagnole, nue et jambes ouvertes, coiffée d’un voile bleu et d’une couronne typique des statues de Saintes Vierges portées en procession.

«Nous aspirons à professionnaliser la publicité et à développer de nouveaux supports, notamment à la télévision»

Pere Rusinol, responsable de la partie sérieuse de Mongolia

«Nous ne sommes pas simplement athées, une notion qui pourrait impliquer un respect pour les religions. Nous sommes antithéistes», explique Dario Adanti. «Que l’on s’en prenne à la patrie, à la politique ou à la religion, ce que l’on veut, c’est mettre en question l’identité, poursuit Eduardo Galan. On dit parfois que quand les gens ont à choisir entre la vérité et l’identité, ils choisissent l’identité. Par la satire, nous essayons de développer la pensée critique.»

Aux commandes de la partie sérieuse, appelée «Reality News», Pere Rusinol s’en prend lui aussi aux monstres sacrés trop respectés par le reste de la presse. La concurrence, par exemple. Après avoir travaillé aux quotidiens El Paiset Publico, il publie régulièrement des informations sur les zones d’ombre des médias. «L’objectif de la presse est théoriquement de contrôler les pouvoirs, explique Pere Rusinol. Le problème en Espagne, c’est que ces pouvoirs ont pris le contrôle des médias. Les banques, par exemple, sont devenues les principaux actionnaires des grands groupes médiatiques en transformant leurs dettes colossales en participations.»

Avec un chiffre d’affaires d’environ 300.000 euros annuels, le journal verse des salaires modestes aux quatre employés permanents, autour de 1000 euros net. Tous ont des emplois complémentaires et ont renoncé à des offres de travail mieux rémunérées. «Nous aspirons à professionnaliser la publicité et à développer de nouveaux supports, notamment à la télévision», confie Pere Rusinol. Ou comme dit Eduardo Galan, pour la partie humoristique: «On adore notre liberté, mais on aime aussi manger des repas chauds.»

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