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François Pérol: «La concurrence nous tient en éveil»

Mise en ligne le 24 septembre 2017

Lire Le Figaro du 23/9/19 page 28

Extrait

Le président du directoire du groupe BPCE, explore les enjeux de la révolution numérique pour les banques.

Le défi est de taille: il s’agit de faire entrer les vénérables Banques populaires et Caisses d’épargne et, avec elles, tout le groupe BPCE, dans le XXIe siècle et l’ère numérique. François Pérol, président du directoire de BPCE, en fera la priorité du plan stratégique qu’il dévoilera cet automne. Il est cette semaine l’invité du «Grand Témoin-Le Figaro».

Le FIGARO. – C’est au tour  des banques de subir la révolution digitale. Est-ce une menace  pour un groupe historique  comme le vôtre?

François PÉROL. – Nous sommes en effet en train de vivre la quatrième révolution industrielle, qui touche tous les secteurs de l’économie. Tout change, en profondeur: les infrastructures et les conditions de production, les modes de distribution, les modèles d’affaire, les compétences critiques, les façons de travailler… Dans la banque, ce sont tous les métiers qui sont concernés: la banque du quotidien bien sûr, mais aussi la banque d’entreprises, l’assurance, la gestion d’actifs… Mais je n’y vois pas une menace, plutôt une opportunité.

Les clients sont les véritables moteurs de la transformation. Ils veulent être autonomes. Ils ne réaliseront bientôt plus d’opérations courantes dans nos agences. Nous sommes prêts. Nous enrichissons en permanence nos applications mobiles. Il sera par exemple possible de gérer seul sa carte bancaire en modulant les plafonds de paiement. Nous apprenons à exploiter nos données pour faire évoluer nos services, nous apprivoisons de nouveaux indicateurs stratégiques, comme la fréquence de consultation de nos applications et le taux de satisfaction des utilisateurs (NPS, net promoter score) qui s’approche chez nous de ceux des acteurs digitaux. L’essentiel de nos relations avec nos clients se fait désormais à distance. En revanche, chez nous comme pour tout le marché bancaire, les ventes numériques de services financiers restent marginales.

La bascule est-elle pour bientôt? Quand les clients achèteront-ils massivement en ligne une assurance vie ou souscriront-ils  naturellement sur leur mobile  un crédit immobilier ?

Ni les clients ni les banques ne sont totalement encore prêts à cela. Mais je suis frappé par l’exemple du textile dont on a longtemps pensé qu’il résisterait à la vente en ligne parce qu’il fallait essayer les articles. Pour les services financiers, cela évoluera aussi. Je pense que les clients auront toujours besoin de conseil. Nous devons investir dans des modèles de banque complètement différents, afin d’offrir la meilleure expérience digitale possible à nos clients, tout en leur apportant ce conseil et le contact avec nos conseillers. D’où un effort d’investissement dans la formation afin de spécialiser davantage nos équipes. Nous augmenterons aussi le nombre de nos agences spécialisées dans le crédit immobilier, les entreprises ou les professions libérales par exemple. En parallèle, nos banques régionales vont monter en gamme.

«Nous investissons chaque année 8 % du chiffre d’affaires, soit environ 2 milliards d’euros, dans les systèmes d’information. Et 750 millions d’euros seront dédiés aux développements digitaux»

François Pérol, président  du directoire  du groupe BPCE

L’investissement est-il très lourd?

Nous investissons chaque année 8 % du chiffre d’affaires, soit environ 2 milliards d’euros, dans les systèmes d’information. Et 750 millions d’euros seront spécifiquement dédiés sur trois ans aux développements digitaux. Donc, oui, nous consacrons beaucoup de temps et d’argent à cette transformation, qui doit rendre le groupe et ses banques plus agiles. Nous sommes en train de faire converger les plateformes des clients et de la banque de détail, et nous créons des centres de compétences pour l’ensemble du groupe dédiés à l’intelligence artificielle, à la sécurité informatique et à la data. Enfin, nous nouons des partenariats ciblés. Ces nouveaux modes d’organisation constituent un véritable changement de culture pour nous. Mais ce sera le quotidien de nos banques dans dix ans. S’il existe une difficulté dans cette transition, c’est peut-être celle de recruter les compétences clefs, rares car très demandées.

Qu’est-ce que l’exploitation  des données apporte aux services bancaires?

Cela nous aide à améliorer l’analyse des risques et à proposer de nouveaux services, pratiques, plus rapides et moins chers, dont la commercialisation est plus ciblée. Nous sommes par exemple en train de développer une réserve de crédit activable à distance en un clic, destinée aux professionnels. Pour les particuliers, nous réfléchissons à des offres liées à la gestion des finances personnelles, comme la gestion d’un crédit immobilier en ligne.

«La preuve est faite : la banque a de l’avenir ! BPCE aussi, qui gagne aujourd’hui des parts de marché par exemple dans le crédit à la consommation, le crédit immobilier et l’assurance»

François Pérol, président  du directoire  du groupe BPCE

Cette révolution industrielle  rouvre pour la première fois depuis longtemps le marché bancaire  à la concurrence de nouveaux acteurs, venus du monde digital,  de la distribution, ou des télécoms comme Orange Bank.  Cela doit vous inquiéter, non?

Au contraire! Je suis ravi de cette concurrence. D’abord parce qu’elle nous tient en éveil, elle nous met en alerte, elle nous oblige à nous questionner. Et ensuite, parce que si ces nouveaux acteurs s’intéressent à notre secteur, c’est… qu’il est intéressant. La preuve est faite: la banque a de l’avenir! BPCE aussi, qui gagne aujourd’hui des parts de marché par exemple dans le crédit à la consommation, le crédit immobilier et l’assurance.

Les agrégateurs de compte  et l’ouverture des infrastructures bancaires que doit imposer la directive européenne DSP 2 animeront-ils le marché?

Les changements réglementaires créent en effet des opportunités pour tous les acteurs, les fintechs bien sûr, mais aussi les banques. Cela nous incite à créer de nouveaux services, mais aussi à réaliser des efforts de productivité importants parce que les nouveaux entrants vont faire baisser les prix et les marges. Je suis donc favorable à cette ouverture du marché. À une condition cependant : que celle-ci s’opère en toute sécurité. Il est hors de question de mettre en risque les données des clients et encore moins leurs fonds. Je recommande donc aux autorités d’avancer sur ce chantier avec la plus grande prudence, parce que je ne suis pas sûr que l’on maîtrise aujourd’hui parfaitement l’ouverture des infrastructures bancaires. On n’a pas le droit d’improviser, de bricoler, dans ce domaine. Les attaques informatiques dont ont été victimes de grandes entreprises, pour certaines françaises, ont apporté la preuve du danger. Les dégâts d’un événement similaire dans le domaine bancaire seraient considérables.

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