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La petite mort de la presse suisse

Mise en ligne le 11 septembre 2017

Lire : Le Point du 25 août

 

Il n’y aura bientôt plus que deux rédactions dans tout le pays. L’une à Zurich pour les alémaniques, l’autre à Lausanne pour les francophones.

 

Imaginez que l’on annonce du jour au lendemain aux journalistes de Toulouse qu’ils devront s’installer à Bordeaux. Ou à la rédaction de La Montagne, à Clermont-Ferrand, qu’elle se serrera dorénavant dans les locaux du Progrès, avec ses confrères lyonnais. C’est le coup de massue reçu mercredi par les rédacteurs de La Tribune de Genève (170 000 lecteurs sur papier et sur le site web). La plupart des rubriques (monde, Suisse, économie, sport) seront dorénavant concoctées à Lausanne. Elles seront communes avec celles de 24 Heures (220 000 lecteurs) et l’édition dominicale du Matin, deux publications éditées dans le canton de Vaud. À l’exception du Courrier, un petit journal progressiste (le seul de la presse francophone), la fière cité de Calvin n’aura plus de quotidien.

 

Au bout du lac Léman, le journal La Suisse a disparu depuis fort longtemps et Le Temps a été délocalisé il y a quelques années à Lausanne, dans les locaux du magazine L’Hebdo. En janvier 2017, le groupe Ringier Axel Springer a définitivement fermé L’Hebdo, fondé en 1981. Quant à l’autre groupe de presse, Tamedia, il a profité de l’été pour annoncer qu’il n’y aura plus que deux rédactions pour tout le pays. L’une à Zurich, regroupant les alémaniques. Elle sera chapeautée par Arthur Rutishauser, déjà rédacteur en chef de la SonntagsZeitung. La rédaction francophone aura à sa tête Ariane Dayer, rédactrice en chef du Matin Dimanche. L’unique différence entre les journaux se résumera dorénavant à leurs rubriques locales.

 

Les départs « naturels »

 

Les fusions ne s’arrêtent pas là. À Lausanne, le quotidien populaire Le Matin (390 000 exemplaires) va fusionner avec le gratuit 20 Minutes (670 000 exemplaires). Ces mariages forcés inspirent également le Français Philippe Hersant, installé en Suisse depuis de nombreuses années. Il y possède quatre quotidiens locaux. Dans le canton de Neuchâtel, L’Express, installé à Neuchâtel, devrait convoler avec L’Impartial, établi à La Chaux-de-Fonds. On ne parle pas encore de fusion. Néanmoins, l’un des rédacteurs en chef confie dans la presse locale que « l’option d’un contenu unique pour l’entier de notre bassin de diffusion figure parmi ces scénarios ». L’Express, qui a succédé à La Feuille d’avis de Neuchâtel, créée en 1738, est le plus ancien journal en langue française du monde.

 

Pour l’instant, les éditeurs n’évoquent que partiellement des suppressions de poste. Tamedia a annoncé six licenciements à la suite du regroupement du Matin et de 20 Minutes, ainsi que « des départs naturels ». L’Express et L’Impartial annoncent un « plan de départ en préretraite prévu pour la période 2017-fin 2021 ». Quant aux journalistes de La Tribune de Genève et de 24 Heures, ils ne devraient pas connaître de suppression de poste en 2017. Cela ne va pas rassurer pour autant les rédactions. Tamedia, qui a licencié près d’une trentaine de journalistes en 2016, a déjà prévenu : « En raison de la baisse des recettes publicitaires ces prochaines années, nous ne serons plus en mesure de repourvoir tous les postes libérés dans le cadre des fluctuations naturelles », écrit Le Temps.

 

Christoph Blocher fait son marché

 

Bien évidemment, la réorganisation touchera également la production, à savoir la mise en page, la photo, la correction. L’avenir est-il dans la production d’articles suprarégionaux et de méga-regroupements, susceptibles de compenser la baisse régulière des recettes publicitaires et du nombre des lecteurs ? Sous le couvert de l’anonymat, les journalistes suisses se montrent particulièrement sceptiques. La réunion des rédactions du quotidien Le Temps et de l’hebdomadaire L’Hebdo avait été présentée comme la panacée. « Deux ans plus tard, le seul magazine francophone généraliste sombrait », déplore l’un d’entre eux.

 

Pendant ce temps, en Suisse alémanique, le milliardaire Christoph Blocher, le leader de l’Union démocratique du centre (UDC), le parti le plus à droite de l’échiquier politique helvétique, continue son marché dans la presse. Après avoir mis la main sur la Basler Zeitung, le principal quotidien de Bâle – l’une des cinq plus grandes villes de Suisse –, mettant à sa tête… son biographe, il vient de racheter 25 gratuits alémaniques. Ces 25 publications, qui touchent 800 000 lecteurs, sont distribuées à Zurich, à Lucerne et en Suisse orientale.

 

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