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Aftenposten : lire les journaux, l’ingrédient du bonheur ?

Mise en ligne le 11 novembre 2017

Lire : The Good Life du 8 novembre

 

Cette question, quelque peu provocatrice mérite d’être posée à propos de la Norvège. Numéro un en 2017 – devant le Danemark, l’Islande et la Suisse –, du classement World Happiness Report, le pays du soleil de minuit est celui qui compte le plus de titres de presse par habitant au monde : 174 pour 5 millions d’habitants ! Et l’Aftenposten (le «courrier du soir») est le premier d’entre eux.

 

Espen Egil Hansen, directeur de la rédaction de l’Aftenposten, le journal de référence d’Oslo tant pour la fiabilité de ses informations que par son audience, se félicite que ses compatriotes soient non seulement « les plus grands consommateurs de news au monde », mais aussi de plus en plus nombreux à se tourner vers les éditions journalistiques numériques. Optimiste, bien que conscient du caractère inéluctable et irréversible de la baisse des éditions papier, Espen Egil Hansen s’est même fixé cet ambitieux objectif : faire en sorte que, grâce à ses nouveaux abonnés bimédias, « 2020 soit la meilleure année de toute l’histoire de l’ Aftenposten ! »

 

Joli défi car, comme le fait remarquer avec une pointe de nostalgie Arild Kveldstad, l’un des plus anciens collaborateurs du journal devenu une sorte de secrétaire général de la rédaction, « les golden-years, c’était plutôt dans les années 1980-1990 ! » Voilà plus d’un siècle et demi que ce quotidien conservateur et libéral a vu le jour. S’il impressionne dans son luxueux immeuble aux salles de conférence design et force le respect par la qualité de ses informations et de ses analyses, notamment dans le domaine de l’environnement et de la politique extérieure, il n’en a pas toujours été de même. En particulier pendant… l’occupation nazie et le régime collaborationniste d’Oslo. Ainsi, en 1935, l’Aftenposten fait violemment campagne contre l’attribution du prix Nobel de la paix au pacifiste allemand Carl von Ossietzky et, en 1945, encore soumis à la censure, il publie une nécrologie, aussi élogieuse qu’hallucinante, d’Adolf Hitler, décrit, sous la signature du romancier octogénaire Knut Hamsun, comme « un combattant au service de l’humanité et un apôtre de l’esprit de justice pour toutes les nations » !

 

Aujourd’hui, heureusement, l’Aftenposten a retrouvé sa liberté de parole et affirme haut et fort ses convictions. L’an dernier, il a, par exemple, bataillé farouchement contre Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, qui prétendait le censurer pour avoir publié, comme l’une des images ayant influencé le cours de l’histoire, la tristement célèbre photo noir et blanc de la fillette vietnamienne courant nue sur une route après un bombardement au napalm. Dans un numéro spécial bimédia incisif, daté du 9 septembre 2016, et avec l’appui de nombreuses personnalités, Espen Egil Hansen écrira une lettre ouverte au « big boss » de Facebook pour lui expliquer pourquoi il avait estimé important de publier cette photo et pourquoi il ne saurait en aucun cas la retirer de son site web.

Taux de confiance de plus de 80% chez les lecteurs du Aftenposten

 

Autre publication de l’Aftenposten qui a récemment fait le buzz et valu au journal un regain de confiance de ses lecteurs, celle des « Panama Papers ». « Ce fut pour nous une première de participer à une telle enquête journalistique collective car, en Norvège, nous sommes plutôt nationalistes et individualistes, confie en souriant le directeur de la rédaction. Nous sommes donc très fiers d’avoir été colauréats du prestigieux prix Pulitzer. » A l’heure des « fake news » distillées par les réseaux sociaux, ce capital de crédibilité si précieux pour un journal est en tout cas impressionnant si l’on se réfère à cette enquête réalisée en Norvège sur l’image d’innombrables enseignes internationales : elle confère au quotidien un taux de confiance supérieur à 80%.

 

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